Les Adornos

Pour parler d "Adornos" ou de "fioritures", et comme support à tout ce qui va être dit après, il nous faut , en premier lieu, chercher quelles sont les origines de l'essence et de l'existence du Tango, et de la danse.

Il est nécessaire de préciser que le mot "danse" ne se réfère pas seulement à la pratique d'une technique. Mais au contraire, sa signification, plus grande et plus générale s'étend à toutes les formes de danse. Et cette référence concerne tout ce qui se produit, naturellement, primitivement, à distance, viscéralement, de façon animale, comme de façon typiquement humaine. Dans ce sens nous parlons plus d'une expérience qui vient de plus loin historiquement, chronologiquement, et ontologiquement, que d'un quelconque concept technique.

Si nous appréhendons la Danse, comme un fait profondément naturel, qui est né avec l'être humain - et nous parlons ainsi de la danse populaire et sociale, dont le Tango est peut-être l'exemple le plus caractéristique - nous écarterons immédiatement, tout ce qui est superflu.

En fait, qu'est-ce que le Tango ? Ce que nous savons tous : une danse à deux, une communication profonde avec l'autre, et avec la musique, etc ...etc ... et nous "découvrons" ainsi l'idée de dialogue.

Le dialogue avec le partenaire, le dialogue avec la musique, le dialogue des pieds entre eux et avec le sol, dessinant les fameux "ochos" et mille autres choses - et, en approfondissant cette idée, le dialogue entre les pieds, les jambes, l'espace, créant avec précision les "boléos", parfaitement dessinés, et reproduits à l'identique, à chaque fois.

Mais, en quoi donc, consiste l'  "Adorno" ? (parfois appelé  fioriture, embellissement, expression ...) L'Adorno consiste précisément à exprimer l'essence même du Tango. il ne sert à rien de le réaliser de façon purement technique, sans la compréhension réelle de ce dont il s'agit et de ce que cela signifie. Les jambes de la danseuse ( et attention, celles aussi du cavalier), équivalent à des partenaires de Tango. Elles s'étreignent, se joignent, dialoguent entre elles, se caressent ... Ceci, bien sur, est obtenu par tout un jeu de rotation des articulations. mais ce jeu ne doit pas être considéré comme froidement technique, mais comme quelque chose de naturel et logique, comme toute forme de langage.

Les jambes "expriment", sont "expressives", quand elles connaissent une forme de langage, non quand elles se contentent de se mouvoir.

Nous venons ainsi de détruire plusieurs mythes :

- l'un d'eux est que les "Adornos" sont des mouvements qu'il faut apprendre" ou "copier". En aucune manière. L'apprentissage technique est important, mais il ne suffit pas. Il existe d'admirables danseurs et danseuses qui créent avec les "adornos" de véritables émotions, mais, malheureusement nous voyons aussi de simples répétitions de mouvements, ou des copies d'untel ou untel, sans compréhension de l'essence de ces mouvements; généralement le danseur ou la danseuse d'origine sont excellents, et les copieurs sans intérêt, sinon détestables, voire ridicules.

- un autre mythe consiste à dire que l'  "Adorno est affaire de femme" : en aucune manière. L'Adorno est tout ce que peuvent faire l'homme et/ou la femme, sans interférer dans le guidage, ni dans les pas, la figure , la séquence , etc ... y compris avec l'exactitude musicale, le tout sans créer de quelconque vibration ou tiraillement. Pour cela, il est absolument nécessaire de savoir guider et suivre, et d'avoir une bonne oreille musicale. (Je dis toujours à mes élèves que le ou la partenaire doit savoir que l'autre a réalisé un "adorno" , seulement ... en regardant la vidéo ! c'est arrivé à un danseur célèbre qui, un jour, a été filmé, et qui a découvert, ainsi,  ce que faisait sa compagne, et pourquoi les commentaires sur elle étaient tellement élogieux).

- encore un autre mythe : "la femme exécute l'adormo, l'homme doit lui laisser le temps". Cela est vrai lorsqu'il s'agit d'une chorégraphie qui a pu être élaborée de concert, de façon individuelle, ou par un tiers. Mais dans le tango improvisé, c'est l'intelligence, l'habileté, la "sensibilité tango" de la femme qui la fait décider s'il convient ou non, d'exécuter un ornement, et quel type d'ornement, et dans l'affirmative, quand, comment, quel ornement ou quel type est le plus approprié, selon les circonstances.

- dernier mythe : parlant d'écoute et de musicalité, certains danseurs(ses) considèrent qu'il est suffisant "d'écouter le rythme". D'autres plus avancés parlent de "danser la phrase musicale". Il est clair que cela ne suffit pas. il est nécessaire aussi de comprendre la mélodie et l'expression de chaque pièce musicale, de chaque arrangement, de chaque version ... Et, en ce sens, la musicalité dont ont besoin le danseur et la danseuse, va beaucoup plus loin que la simple reconnaissance "du rythme", de la "pulsation", du "temps fort", du "temps faible", et de toutes ces choses dont on parle habituellement (et que parfois on mélange ou confond). La musicalité qui est ici requise est un véritable langage que l'on peut traduire, réinventer, créer et recréer, encore et encore, les sentiments, la structure compositionnelle, et l'essence particulière de chaque morceau que le couple a l'opportunité d'exprimer par sa danse, à un instant donné.

Au final, il est nécessaire de mentionner que l'  "Adorno" ne se limite pas aux mouvements, ni non plus aux pieds et/ou aux jambes - bien que ce soit le plus visible - mais qu'il concerne tout le corps, que c'est une attitude, une décontraction, une façon de fermer les yeux, de marquer une pause, de faire des successions de changements de vitesse dans la danse, et mille choses qui peuvent ( et doivent dans beaucoup de cas ) être travaillées techniquement, méthodiquement, mais qui doivent montrer surtout, en définitive, l'amour et la passion de la danse et du tango, et comment chacun, chacune, et chaque couple, sont capables de le ressentir.

Olga Besio

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"Una aproximación a su comprensión"

par le professeur Olga Besio

 

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