
9 Janvier 2008
Remarques concernant les propos rapportés par la Salida
Dans le dernier numéro publié par la Salida, l’article consacré au colloque des associations, amène un certain nombre de remarques et de rectifications, au sujet de la certification ou mise en place d'un diplôme de tango, obligatoire, et sous l'égide de l'administration.
D’abord saluons à la fois la vitalité de la communauté du tango argentin en France, l’énorme et remarquable travail fourni par Benoit de Gentile, la présence de Fabrice Hatem (dont le blog est une référence pour les amoureux de l’histoire du tango et de la musique), et de Pierre Vidal-Naquet aux remarques toujours aussi pertinentes.
Extrait de la Salida Décembre 2008
Intervention de Christophe Apprill
... une régulation des pratiques professionnelles lui semblait nécessaire. D'abord en raison des risques sanitaires que courent les professeurs de danse. Imaginez, a-t-il dit, tout ce temps passé par les enseignants sur des sols qui ne sont pas toujours flexibles ... Ensuite , en raison des risques sociaux. les enseignants de danse sociale sont moins protégés que les professeurs de danse classique. Enfin, ils ne bénéficient pas d'aides leur permettant d'accéder à la formation continue. ...
Reprenons les quelques opinions relatées dans cet article de la Salida
Fabrice Hatem, situe l’origine de la réticence à toute certification dans un individualisme structurel qui serait propre au Tango Argentin. Peut-être, mais on peut retrouver également cette réticence, dans une multitude d’autres disciplines artistiques (ou non). Le problème serait donc ailleurs. Un élément de réponse est donné par Pierre Vidal Naquet qui se de mande « pourquoi diable avoir recours à l’Etat et à sa bureaucratie ». La source principale de réticence se situe plutôt là. Peur de voir des bureaucrates légiférer sur un domaine artistique, auquel ils ne connaissent rien ; peur de voir des contrôles de l’Etat et des collectivités locales sur certaines comptabilités ; peur de devoir être remis en question quant à son savoir, par des personnes compétentes ou non.
Pour les exemples donnés de certification sans douleur, celui de la musique est contestable, dés lors que l’on sort de la musique classique, et pour la danse, tout le monde est d’avis que la création du Diplôme d’Etat, s’est plutôt traduite par une baisse générale de niveau. Mais on est là dans un domaine plus ou moins subjectif, ou toute opinion reflète certainement une part de vérité.
Benoit de Gentille croit d’avantage en l’autorégulation, nous en reparlerons plus loin.
Ce sont tous là des points et opinions discutables, dans le bon sens du terme, propres à faire avancer le débat.
Désinformation ?
Lorsque l'on aborde les problèmes de législation, la connaissance et l'objectivité, doivent par contre être la règle. L’intervention de Christophe Apprill, durant ce colloque, a matière à faire réagir, sous réserve, il faut le préciser, que ses propos aient bien été rapportés.
Les risques sanitaires
D’abord sur les risques sanitaires : si, répétons le, tels aient bien été ses propos, ce genre d’affirmation dans un colloque est particulièrement grave. En effet, Christophe Apprill semblerait totalement ignorant de la législation existante concernant l’enseignement de la danse en général, et du Tango Argentin en particulier. C'est grave quand on enseigne et quand on prend la parole dans ce genre d'instances.
La loi du 10 Juillet 1989, et son arrêté d’application du 27 février 1992, stipulent parfaitement les conditions propres à éviter tout risque sanitaire dans l’enseignement de la danse.
Rappelons-en quelques éléments clés :
- la loi s’applique à toutes les formes de danse, sans exception, seule la notion de diplôme est limitée aux domaines des danses classiques, moderne et jazz. (pour ceux qui en douteraient, courriers du ministère parfaitement explicites, à disposition).
- tout lieu d’enseignement de la danse doit être déclaré en Préfecture, deux mois avant ouverture. http://admi.net/jo/MCCX8800035L.html (Titre 2).
Attention : ceci n’a strictement rien à voir avec la déclaration d’association 1901.
C'est le lieu que l'on doit déclarer, pour un éventuel contrôle de conformité.
- les conditions protégeant l’élève ou le pratiquant sont parfaitement explicites : plancher souple, trousse de secours, etc http://www.droit.org/jo/19920229/MCCB9200041D.html
- obligation d’une assurance responsabilité civile propre à l’enseignant.
- obligation de certificat médical (avec un certain flou sur ce point de la part du Ministère).
Comme on peut le voir, la certification n’apportera strictement rien de plus concernant les risques évoqués lors du colloque, et on peut se demander pourquoi depuis son arrivée à Marseille (une dizaine d'années), Monsieur Christophe Apprill a toujours choisi d’enseigner dans des lieux non-conformes à la législation, particulièrement en matière de parquet, alors qu'il existait des écoles de danse avec des installations propices à protéger sa santé et celle de ses élèves ... Ignorance ou … masochisme ?
Enfin n’oublions pas que, si les locaux sont non-conformes, les sanctions pénales sont lourdes, et qu’en cas d’accident, les assurances risquent de se réfugier derrière le non-respect de la loi, pour refuser de payer les prises en charges.
Combien de cours de tango sont ainsi donnés, hors la loi ? Quels sont les risques que l’on fait prendre actuellement aux pratiquants, et aux enseignants ? Voilà un vrai sujet qui aurait mérité un paragraphe dans la Charte, quant au respect de la loi, et la protection des danseurs.
La protection sociale
Si les cotisations sont versées aux mêmes caisses, ce qui est le cas général en fonction du statut choisi, les protections sont rigoureusement les mêmes ! On imagine mal en quoi ce pourrait être différent. Aucun rapport avec la certification.
L’aide à la formation
Enfin troisième point : l’aide à la formation. Il existe un nombre limité de statuts pour pouvoir enseigner. Les trois principaux sont : bénévole, salarié ou libéral. Comme pour la protection sociale, le droit à la formation est fonction des cotisations versées par le prétendant, cotisations dépendantes de ce même statut. Pour le bénévole, pas de cotisation, pas d’aide à la formation, sauf adhésion volontaire et paiement par lui-même des cotisations formation. La certification n’y changera rien. Pour les autres, salariés et libéraux, les aides existent déjà. Les Anpe, Assedic, Fongecifs, ou Agecifs prennent actuellement en charge la formation, Tango Argentin compris. Seule l'Afdas (intermittent du spectacle) réserve, dans certains cas particuliers, certaines prises en charge aux titulaires de diplôme d'Etat en danse, ce qui reste toutefois marginal.
Là encore rien à voir avec la certification.
En Conclusion
Dans les trois cas examinés, et répétons-le, sous réserve que ses propos aient été fidèlement retranscrits, les affirmations énoncées par Christophe Apprill, sont erronées avec trois conséquences graves.
- faire croire qu’une quelconque certification va résoudre des problèmes qui n’existent pas et influer sur le point de vue des lecteurs avec des arguments basés sur de fausses affirmations
- montrer, par le biais des médias représentatifs, la méconnaissance totale de la législation par la communauté tango, car tout le monde, participants au colloque et journal La Salida, aurait du réagir.
- poser le problème de la représentativité de la communauté tango auprès des autorités ministérielles qui risquent de ne pas prendre au sérieux ceux qui tiennent pour vrais de tels propos.
Le problème de la certification par l'état se résume, en fait, à deux points : autorisation d'enseigner et contrôle de l'activité et de ses conditions d'exercice, ce qui n'est pas forcément un point de vue indéfendable, si ce n'est que l'expérience a prouvé que l'action de l'administration a toujours été inadaptée et préjudiciable, dés lors qu'elle intervenait dans le contenu artistique, ainsi que celui des enseignements.
Dés lors que cette option administrative n'est pas validée, cela pose alors le problème de l’autorégulation, déjà évoqué. Celle-ci ne pourra se faire que si les apports d’opinions et d’expériences sont permanents et multiples. Est-ce vraiment le cas actuellement ?
Pourquoi un colloque des associations et non pas un colloque du Tango Argentin, sans discrimination liée au statut fiscal ? Pourquoi l’absence de professionnels de la danse et de sa législation dans ce genre de débat ? Pourquoi, de tous ceux qui s’expriment, en voulant être représentatifs, dans ce genre de colloque concernant la certification de l’enseignement, aucun n’a fait de ce même enseignement son vrai métier ? Quelle est leur légitimité ? Pourquoi diffuse –t’on, sans la moduler, une telle désinformation ? Pourquoi, la communauté Tango apparaît, vue de l’extérieur comme centrée sur elle-même, toujours dépendante des mêmes personnes, et non tournée vers les autres de manière plus ouverte, de façon à pouvoir évoluer ?
Ma crainte est que l’histoire ne se répète. Quinze ans plus tôt les professionnels de la danse de couple ont méprisé totalement l’arrivée des nouvelles danses Lindy Hop, Salsa et … Tango Argentin, laissant place au développement des associations. Aujourd’hui le phénomène s'inverse, la communauté des associations ignore complètement le développement, hors de son cercle d’initiés, de l’enseignement du Tango Argentin sous des formes plus ou moins orthodoxes, au risque de se faire déborder, ou de voir la danse se dévoyer.
Ne serait-il pas déjà trop tard ? ...
En tout état de cause, ce n’est pas en s’isolant qu’on évitera le pire …
D. LESCARRET