Si vous voulez vous convaincre de la grande utilité d'une charte, relisez ce texte et regardez qui sont les signataires, et  combien  l'ont respecté. Edifiant ... et terrifiant !

12 Janvier 2008

Charte du Tango : une occasion manquée ?

 

La communauté tanguera, ou tout au moins une partie, s'est réunie tout au long de l'année, suite à une enquête mandatée par le Ministère de la Culture, enquête concernant un éventuel diplôme obligatoire, dont les méthodes et questionnements ont fait fortement réagir l'ensemble des personnes concernées.

Pour répondre à cette démarche considérée comme une mainmise de l'administration, plusieurs solutions avaient été envisagée. L'une d'elle, et sous réserve à la fois de représentativité, de compétence, et avec toutes les garanties d'absence de possibilité de prise de pouvoir personnel, aurait été de s'organiser en fédération. Individualisme forcené, absence de culture historique des tentatives précédentes du Ministère, aveuglement ? Cette solution fut abandonnée au profit de l'établissement d'une Charte précisant à la fois l'essence de l'activité d'enseignement du tango (car il s'agit essentiellement d'enseignement), et les modalités du fonctionnement de la communauté.

La réponse a-t'elle été appropriée ? On peut en douter. Certes, les dernières indiscrétions en provenance des couloirs du Ministère (bien antérieure à la rédaction de la Charte), font état de l'abandon d'une certification par discipline, au profit d'un tronc commun très limité, facultatif de surcroît. Il sera toujours possible de se gargariser ensuite et de dire : "c'est grâce à la charte". Qu'en est-il vraiment ?

Le contexte général

D'abord il faut rappeler que le problème concerne l'ensemble des danses du monde ... c'est à dire une multitude de disciplines. Certaines de ces danses  posent en effet problème, depuis leur apparition, à cause de leur dangerosité : le hip hop et la Capoeira. Pourquoi diable le Ministère ne s'est-il pas contenté de légiférer dans ces deux disciplines ?

C'était la question à se poser, avant de rédiger la Charte.

Concernant le domaine du Ministère de la Culture : toutes les danses sans exception, rappelons-le, sont encadrées par la loi du 10 Juillet 1989, et son arrêté d’application du 27 février 1992. Qu'en est-il vraiment ? Personne ne l'applique, voire ne la connait (cf : http://www.tango-blog.fr/divers%20tango%202008%2001%2009.htm ). La faire appliquer n'est pas chose facile quand on ne sait pas qui est susceptible de le faire. Une obligation de certification permettait de résoudre le problème, de connaître nominativement les enseignants, de les contrôler, et de rappeler et faire appliquer la loi.

Concernant Bercy et les impôts : l'essentiel des enseignements des danses du monde s'est développé dans le secteur associatif. Deux grandes catégories : les véritables associations de passionnés, et les associations paravents qui se servent du statut pour redistribuer les bénéfices et frauder le fisc. Le phénomène a pris une telle ampleur que les services fiscaux sont totalement débordés, et les collectivités locales de plus en plus craintives à subventionner ou simplement prêter leur locaux (code des collectivités territoriales inapplicable). On a vu ainsi, dans le Tango Argentin qui est surement une des discipline les plus vertueuses par rapport à certaines, un cours donné dans des locaux municipaux, et dont l'argent était géré par un  organisme répertorié en tant que secte. Comment savoir, et comment vérifier ? Là encore la certification oblige à sortir de l'ombre et à respecter les lois fiscales en vigueur, quitte à ne plus avoir de salle ou ne plus pouvoir simplement s'assurer pour enseigner.

Rappelez-vous les questions insidieuses concernant le nombre d'élèves, le montant des cotisations et le chiffre d'affaire, lors de la fameuse enquête.

Enfin, dernier Ministère, et non des moindres, parfaitement au fait de la démarche (c'est un minimum) : le Ministère de l'Intérieur ! Quel rapport ? Tout simplement parce ce que c'est lui qui gère les associations de type 1901, et fait la synthèse de toutes les informations les concernant ! Quel est son objectif ? Savoir et contrôler, c'est son métier. Dans certaines disciplines les associations de danse "emploieraient" des sans-papier fraichement arrivés, d'autres alimenteraient des sectes (voire plus haut), dans d'autre, enfin, il y aurait comme professeur des personnes ayant été condamné au pénal, ce qui leur interdit une quelconque immatriculation en tant que formateur, et on ne parle pas des dérives confessionnelles.

Qui est qui, et qui fait quoi ? Faire sortir de l'ombre.

La Charte : le bon type de réponse ?

Dés lors que les différents Ministère entamaient cette action pour répondre à un certain nombre de craintes, de manques ou d'interrogations, quelle réponse apporter ? Il fallait bien évidement rassurer et démontrer que ces craintes étaient sans fondement.

La charte n'était surement pas la plus appropriée, mais cependant ...

Si un des articles principaux de la charte s'était attaché au respect de la législation en vigueur, en matière de protection des danseurs (locaux), en matière fiscale (absence de tricherie), en matière de connaissance nominative (enseignants signataires et parfaitement identifiables, ce qui n'est pas le cas), tous les problèmes ayant créé cette situation auraient été abordés et la communauté tanguera aurait montré qu'elle était capable de les prendre en charge. La présentation de cette charte aurait été alors une garantie morale auprès des autorités, apportant la preuve que les enseignants et associations de tango étaient responsables et capables de faire respecter, par leur signataires les lois en vigueur (ou au moins en avoir l'intention).

Au lieu de cela ? L'étalement public d'une ignorance totale de la législation, dans le cadre du colloque, et un paragraphe en fin de charte concernant les cotisations qui fait dans l'angélisme et le vœux pieu ! Vraiment pas convainquant. Faire pire aurait été difficile.

En Conclusion

Il faut certes se féliciter de la mobilisation générale que ce projet a suscité ; s'en féliciter au nom du tango beaucoup plus qu'au nom des structures. Dommage : le refus de contact avec les autres disciplines concernées, arguant le fait que le Tango est une discipline artistique "à part" ... ce que revendiquent également toutes les autres disciplines ... (!) : l'action aurait été plus puissante, mais il n'est pas forcément trop tard. Le Tango en France possède une belle âme et l'a montré avec énergie, c'est le côté positif de l'aventure. On peut regretter par contre, une belle occasion ratée, par le choix des objectifs et des personnes. Qu'en sera t'il de l'utilité de la Charte ? Dans l'absolu, probablement pas grand chose. A quoi a servi la première ?  Les signataires l'ont-ils vraiment respectée ? On peut fortement en douter.

Elle aura au moins permis de parler un peu ... de Tango, et de faire vivre les forums.

D.LESCARRET

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