1er Septembre 2010

Formation professionnelle Real Academia : 1er Bilan

 

La première promotion de professeurs de Tango Argentin, issue de la Real Academia, vient de sortir. C'est l'heure d'un premier bilan, qui, pour en éviter une forme trop austère, vous est proposé sous forme d'un interview fictif (celui qui aurait peut-être du avoir lieu avec les médias traditionnels du Tango, curieusement absents en la circonstance  ...)

 

L'interview qui n'a pas eu lieu :

 

T-B : Dominique LESCARRET, les premiers professeurs de Tango Argentin viennent de sortir de la Real, pari réussi ?

 

D.L. : Il est toujours difficile de dire qu'un pari est réussi avec si peu de recul. Toutefois, si vous parlez du concept consistant à s'assoir un jour devant une feuille blanche, et à écrire 450 heures de programme dans une danse aussi vaste et complexe que le Tango et en espérant arriver au bout, alors oui, ce pari un peu fou est réussi.

 

T-B : Et au niveau des élèves, maintenant professeurs, réussi également?

 

D.L. : Si on considère le niveau initial, et celui à l'arrivée, en danse, comme en compréhension et pédagogie, c'est incontestablement une grande réussite. Maintenant en ce qui concerne leurs capacités d'enseignant, la seule garantie de la réussite sera lorsque leurs cours seront pleins. Il faut attendre encore un peu, ils sont encore tout "neufs" ! Laissez les arriver !

 

T-B : Est ce à dire que leur formation n'est pas terminée ou insuffisante ?

 

D.L. :  Non, simplement, il faut laisser le temps au temps, et la masse d'informations qu'ils ont reçue est telle, qu'il faudra un certain délai avant que la mise en application puisse se faire de façon exhaustive. Cela n'empêche pas qu'ils ont déjà un certain nombre de compétences, impressionnant pour certain, et qu'ils sont surement, en pédagogie, en musique, et en analyse du mouvement, d'un niveau très supérieur à nombre d'enseignants qui malheureusement sévissent dans le monde du Tango. Il vont découvrir dans les années qui viennent qu'ils en savent plus qu'ils ne croient.

 

T-B : N'est-ce pas un peu prétentieux de dire cela ?

 

D.L. : Pas du tout ! Simplement on leur a "injecté" quinze ans d'expérience, des exercices et des approches inspirés par les plus grands maîtres de la discipline, et avec toute une équipe à leur disposition : ils ont fait en trois ans ce que d'autres ont fait (comme moi) tout seuls en dix ou quinze ans. Il est évident que c'est en enseignant qu'ils seront amenés à revenir sur ce qu'on leur a appris et qu'ils auront peut-être oublié entre-temps. C'est comme cela qu'ils vont encore s'améliorer. et puis ils auront d'autres expériences. Mais ils partent avec un acquis très important.

Pour les autres, quand je parle de ceux "qui sévissent" , ce sont les opportunistes qui méprisent le Tango, n'y voient qu'une occasion de faire un peu d'argent, et qui, de surcroit, devraient encore être élèves au lieu d'enseigner. Il y en a beaucoup, et de plus en plus, le Tango devenant à la mode et attirant toutes les convoitises. Cela ne va pas aller en s'arrangeant.

 

"La pire des immoralités est de faire un métier qu'on ne sait pas"

Napoléon Bonaparte

 

T-B : C'est pour différencier vos élèves professeurs que vous avez voulu établir un "Diplôme" ?

 

D.L. : Ah ce fameux Diplôme ! Je me demandais quand la question allait arriver ! Comme il a été facile de créer l'amalgame et de déclencher la critique à partir d'une confusion de sens sur un simple mot, et de dénigrer à priori.

Mais au final : quelle tempête dans un verre d'eau !

Un Diplôme n'est rien d'autre que la sanction de la réussite à un cursus d'études. Il ne faut pas confondre avec la Notion de "Diplôme obligatoire", qui implique des autorisations et/ou des interdictions d'exercer un métier sous le contrôle de l'Etat. Il m'est paru, non seulement normal mais incontournable, qu'un "Diplôme", au sens non législatif du terme, sanctionne la réussite d'un tel parcours qui dure trois ans.

Après les jaloux, les frustrés, et autres concurrents malhonnêtes ont fait ce que leur manque de déontologie leur autorisait à faire ... mais ce n'est pas important, l'essentiel c'est de travailler, d'avancer et de donner le meilleur.

 

T-B : Pourtant vos élèves vont se prévaloir de ce Diplôme. Pour faire de la publicité ou obtenir une salle par exemple ?

 

D.L. : Bien sur ! Et alors ? Il y aura deux cas de figure : ou nous avons fait du bon travail, et la réputation de l'Institut leur donnera des atouts, ou nous avons échoué, et il vaudra mieux pour eux, ne pas parler de ce papier. Il existe quantité de Diplômes en France qui sont d'ordre privé, non reconnus par l'Etat, et qui pourtant, de par leur réputation, confèrent à leurs détenteurs une aura, basée sur l'excellence. C'est ce type de reconnaissance qui constitue notre objectif.

 

T-B : Donc pas de Diplôme obligatoire ?

 

D.L. : Je vous en prie, finissons en avec ce sujet, pas de Diplôme obligatoire, d'autant qu'à titre personnel, j'y suis farouchement opposé, en particulier en ce qui concerne le Tango Argentin. Si on laisse faire certains technocrates, je ne pourrais plus bientôt donner des cours de Tango dans mon espace privé, alors qu'aucun diplôme ne m'est requis si j'y donne des cours de Maths ! Ubuesque.

 Par contre une petite formation symbolique d'une semaine, obligatoire pour tous ceux qui s'installer et donner des cours de danse, avec sensibilisation à la sécurité, à la législation, et trois notions de comptabilité, pourquoi pas ? Cela obligerait quelques loups à sortir du bois, les obligerait au moins à contracter une assurance et à enseigner dans des lieux conformes aux normes de sécurité ...

Mais ce n'est pas mon problème.

 

T-B : Revenons à vos élèves : assez peu sont arrivés au bout ? Pour quelles raisons ?

 

D.L. : D'abord on n' "achète" pas un Diplôme (encore !) en venant à la Real. Le penser serait une insulte, vis à vis de moi-même qui ait abandonné métier et carrière pour assumer cette passion qu'est le Tango, et aussi vis-à-vis de nos amis Argentins qui se sont engagés dans cette aventure. Vous savez, nos élèves de troisième année ont senti la réticence de leurs professeurs à délivrer un titre qui les engageait autant au plan personnel. Olga Uralde, Directrice de l' "Escuela Nacional de Danza Numero Uno" de Buenos Aires (toutes disciplines : classique, jazz, contemporain, folklore, section tango, etc ...) a eu cette parole :

 

"Tu sais Dominique, nous, Argentins, on ne pensait pas délivrer un jour un titre de Professeur de Tango à des étrangers, et cela ne s'est jamais fait depuis que le Tango existe : nous sommes en train d'écrire l'histoire, ce n'est pas rien ...

Olga Uralde

 

Les élèves ont vraiment eu à faire leurs preuves cette année à Buenos Aires ! Cela a été dur !

Ensuite, mis à part la difficulté, beaucoup de stagiaires ont arrêté suite à des accidents, maladies ou problèmes personnels : c'est long trois ans, surtout quand la formation est discontinue. D'autres enfin, s'étaient fourvoyés dans ce cursus par absence de motivation ou croyant venir y apprendre des figures (!), ou pensant finalement qu'ils n'en n'avaient pas besoin. Chacun sa voie.

 

T-B : Parmi ceux qui ne sont pas arrivés au bout de leur cursus, nous avons vu sur le site de la Real Academia que certains n'avaient reçu le titre de Professeur. C'est un échec ? De quoi s'agit-il ?

 

D.L. : Il s'agit d'élèves qui ont atteint le niveau requis dans toutes les disciplines sauf une. Nous ne leur demandons pas de refaire des cours avec nous, ou de repasser leur examen, mais simplement de résoudre leur problème et de nous en faire part. Dés que le problème résiduel est résolu, le titre final est délivré. A titre d'exemple, un de nos élèves trainait depuis longtemps un problème rythmique  qui n'avaient pu être abordé de façon satisfaisante pendant le cursus, du fait de ses particularités. Nous lui avons conseillé de prendre des cours de percussion et de travailler sur ce problème. Il le fera avec qui il veut, et près de chez lui, ce qui nous importe c'est que le dit problème soit résolu, et que son niveau final ait atteint l'exigence demandée. A priori il n'aura pas de problème, et c'est une garantie d'homogénéité de niveau, et de représentativité pour tous.

 

T-B : La plus grande difficulté ?

 

D.L. : Gérer les groupes ! La multiplicité des horizons, des parcours, des objectifs, des points de vue, et autres, rendent la gestion des groupes extrêmement difficile, beaucoup plus que dans une classe spécialisée de l'enseignement scolaire ou universitaire traditionnel, ou tout le monde est passé par les mêmes parcours et les mêmes filtres. En outre, certains vivent mal le fait de repasser en position d'élève, alors qu'ils avaient un statut d'enseignant. C'est amusant de voir, que passant de l'autre côté de la barrière, on peut reproduire soi-même les comportements que l'on a du mal à supporter chez ses élèves. J'espère que cette expérience aura été riche d'enseignements.

Un autre problème s'est également fait jour : à force de multiplier les stages et les cours avec des intervenants qui abordent le Tango par des angles différents et parfois totalement opposés, certains arrivent avec des certitudes élaborées à partir d'une grande confusion : c'est difficile de remettre toutes ces idées dans l'ordre. Mais on y arrive ! L'équipe est bonne.

 

T-B : Donc maintenant, nos diplômés vont enseigner ?

 

D.L. : Oui, certains le font déjà. Mais ils vont aussi continuer à apprendre. En France, dans le domaine des Arts Martiaux, passer sa ceinture noire est souvent un aboutissement ; au Japon, passer sa ceinture noire signifie que l'on commence vraiment à entrer dans l'apprentissage. C'est cette notion que nous avons essayer de faire passer : la fin de la Real, c'est le début d'un long chemin de doute, de recherche, de travail, chemin qui ne s'arrêtera jamais.

 

"Qui ne continue pas à apprendre est indigne d'enseigner"

 Gaston Bachelard   Philosophe 1884/1962

 

T-B : Quelle définition donneriez vous d'un bon enseignant ?

 

D.L. : Définition, je ne sais pas et je n'aurais pas cette prétention, mais je connais au moins trois règles qui garantissent que l'on est sur la bonne voie :

- aimer ce que l'on fait

- aimer ses élèves

- toujours apprendre, douter et chercher

 

T-B : Et vous même, qu'avez-vous appris ?

 

D.L. : D'abord j'ai été conforté dans ce que je savais déjà : le Tango ne se résume, ni seulement à la danse, ni à une approche unique de la danse. Tout au long du cursus, nous avons proposé ce qui nous semblait être la voie la plus facile pour accéder aux connaissances requises. Il en existe bien d'autres. Bien fol serait celui qui prétendrait tout savoir et détenir la vérité. Si je pense être crédible dans les domaines techniques et dans les chemins qui ont été choisis, je reconnais être totalement ignorant de bien d'autres voies qui conviendraient mieux à tel ou tel individu.

Tout est question de choix ... comme toute forme de pédagogie en général.

Nous avons simplement choisi les voies qui nous paraissaient les plus simples et englobant le plus de cas possibles. Il y en a bien d'autres, j'en suis très conscient, et de plus en plus.

Ensuite, j'ai appris auprès des intervenants, comme les élèves de la Real. Chacun m'a apporté un éclairage nouveau, une autre façon de voir les choses. Le tango est tellement riche !

Enfin j'ai appris ... que je devais continuer à apprendre, comme tout un chacun.

 

Plus on avance dans la connaissance, et plus on a conscience d'être ignorant.

 

T-B : Pour en revenir à la Real, il y a d'autres moyens que votre Institut, pour arriver à enseigner correctement le Tango Argentin ?

 

D.L. : Evidemment, comme dans toutes disciplines ! Savez-vous que dans les établissements privés hors contrat, il n'est nul besoin d'avoir les diplômes nécessaires pour enseigner dans l'Education Nationale ? Mon meilleur prof de maths, c'était chez les curés, avait ... un certificat d'études : tous les élèves de ma classe ont depuis, fait des études supérieures. Il y a, et aura, d'excellent professeurs de Tango qui ne passeront pas par chez nous, et je le souhaite, pour préserver la diversité de cet art.

Dans tous les domaines artistiques, sans exception, il y a une multitude de chemins pour devenir un bon enseignant ...

... simplement il y en a qui sont plus courts que d'autres : nous en proposons un.

 

T-B : Pour conclure, on continue ?

 

D-L : Bien sur que l'on continue. Je rajouterais pour conclure, que je suis extrêmement fier du niveau atteint par nos élèves, du travail qu'ils ont accompli en trois ans, et je tiens à les en remercier. Je leur souhaite toute réussite dans la suite de leur parcours, et qu'ils gardent toujours l'amour du Tango, et le plaisir de transmettre.

Dominique LESCARRET

Retour Haut de page

Retour Menu général

Lien vers la Real Academia