Marins Pompiers de Marseille :

récit d'une expérience unique

Tout commence en 86. Sur la photo, ci-dessus, à l'extrême gauche, et un peu noirci, on m'aperçoit pour la photo de fin de stage. De quoi s'agissait-il ? D'une formation dans le cadre du cursus d'Officier de Marine Marchande, sanctionnée par un certificat de "spécialiste du feu", indispensable pour certaines fonctions. Des cours théoriques, bien sur, allant du feu d'hydrocarbures au nucléaire, en passant par tout ce qui peut exister, risques chimiques, feux électriques, fuites de gaz, etc... et une semaines à temps plein, huit heures par jour, en exercices feu, de quoi solidement éprouver la condition physique des stagiaires. Le moral lui reste bon, du fait de la super ambiance chez les Marins Pompiers, et même crevé, et un peu noirci, il me reste la force de plaisanter et de faire des grimaces au moment de la photo ...

Début de stage : pendant le discours d'accueil, deux pompiers allument des bouteilles de gaz, les couchent et les font rouler vers le groupe : éparpillement d'une volée de moineaux. C'est la première leçon : une bouteille de gaz  ouverte, même enflammée n'explose pas. Par contre, conseil à retenir, ouvrir la dite bouteille seulement d'un quart de tour, permet de la fermer, sans se brûler, d'une simple claque de la main. Le stage est lancé ! La suite va être plus ... chaude.

Le feu de parquet, images ci-dessous, impressionnant, et un peu chaud effectivement : le nez dans la flamme, plusieurs en ressortent avec un bon coup de soleil et les sourcils noircis. Certains ont quand même eu un peu de mal pendant l'exercice, mais ce n'est pas le plus dur.

Pas d'images sur le principal  outil d'entrainement des Marins Pompiers de Marseille : le bateau. Pas d'images effectivement (l'appareil photo aurait fondu) de cette vielle carcasse à laquelle on met le feu régulièrement. Un parcours accidenté, entre des parois en acier, est réservé aux stagiaires qui doivent progresser dans les flammes, accroupis abrités derrière une lance : condition physique requise ! Etant le plus vieux de la promo, et le seul à avoir une expérience d'officier,  je suis chef d'équipe et en première ligne sur tous les exercices : j'étais jeune ... Un équipe extérieure doit refroidir les parois brulantes, et un hiatus dans la manœuvre, fait que cela se passe mal. Un des côtés du navire est chauffés à blanc : moment de flottement ; les moniteurs réagissent au quart de tour, et tout rentre dans l'ordre ...

Pas d'images non plus de l'épreuve de fumée. Enfermés dans un local exigu et totalement enfumé, il faut rester un long moment à plat ventre à respirer un air brulant à cinq centimètres du sol. Il y a tellement de fumée que le bras tendu, on ne voit pas sa main. Un des stagiaires "pète les plombs" et doit être évacué. Après cela, le feu extérieur, dont les images suivent, nous a paru de vraies vacances !

Maniement des lances, des extincteurs, petit footing avec les vieux Fenzy sur le dos, les exercices s'enchainent. Les Fenzy ? Ce sont les appareils respiratoires. Bouger avec eux sur le dos,  demande de l'entrainement, une bonne condition physique bien sur, mais aussi et surtout savoir dans l'effort contrôler sa respiration : crevant au début.

En ce qui concerne la lance, tout le monde croit que cela est facile : erreur. L'attaque du feu est une vraie technique, mais la lance c'est aussi un outil de protection dans l'approche. Regardez l' image ci-contre, et vous verrez le renvoi de l'eau vers les pompiers (de moi, on ne voit plus que les pieds) occasionné par le souffle des flammes. Ecartez un tant soit peu la lance de l'axe de votre visage, voire de votre joue, et vous aurez vite l'impression de jouer les brochettes sur un barbecue de jardin !

Le feu de bac est impressionnant mais beaucoup moins éprouvant que le bateau. Le bac fait environ trois quatre mètres de diamètre, et les flammes ont environ la même hauteur. Au début on se demande comment l'éteindre avec une simple lance : rien ne marche et l'approche devient périlleuse. Quelques conseils techniques plus tard, on réussit ce qui semblait impossible. Les Marins Pompiers nous montrent comment d'un rapide geste circulaire un extincteur suffit, quand le feu n'a pas encore pris d'ampleur et que les flammes n'interdisent pas l'approche. Le combat contre le feu se gagne dans les premières minutes.

Les exercices se sont succédés sans arrêt tous les jours. Beaucoup de stagiaires manquent de flancher, mais les instructeurs sont là toujours présents, aidant, encourageant, concentrés, d'une compétence sans faille, l'air grave mais malgré tout chaleureux. Au bilan du stage tous les élèves de retour à l'école soulignent l'extraordinaire ambiance dans le corps des Marins Pompiers. C'est vraiment l'élément le plus marquant qui revient dans les discussion y compris quelques décennies après. Pendant ma carrière j'ai suivi d'autres stages y compris à l'étranger. J'ai été Officier de sécurité sur des pétroliers dans des conditions difficile, et eu deux fois l'expérience du feu. Tout ce que j'avais appris m'étais resté, et techniquement comme humainement, cette formation a été une des plus utiles et riches que j'ai vécu.

Trente ans après : Marseille Tango

Réalisant une série de clips vidéo dans le cadre de Marseille Tango, illustrant à la fois le glossaire de cette danse, et mettant en valeur les hauts lieux de la cité, l'idée m'est venue naturellement de contacter le corps des Marins Pompiers de Marseille, fleuron de la cité.

Un premier rendez-vous de tournage est pris lors de la fête bleue, sur la plage à David.

Question ambiance, rien n'a changé : les Marins Pompiers sont toujours souriants, sympathiques, et très à l'écoute du public.

Le tournage, lui, tourne à la catastrophe. Un problème de vis m'oblige à fixer mon bon vieux caméscope sur son pied, à l'aide d'un bout de ficelle ramassé par terre.

Pour la séquence devant les voitures, aimablement positionnées suivant mes instructions, mon copain appuie à l'envers sur le bouton marche-arrêt, sur le film et on ne voit que le gazon.

Dernière séquence, il est prévu de danser en bas de la grande échelle avec le caméraman, sanglé, perché tout en haut : du beau, du lourd ! Las, un démarrage d'incendie dans la ville, nous prive de la dite échelle.

Rendez-vous est pris pour une deuxième phase de tournage à la Bigue, caserne située sur le port.

Descente en 4x4 vers la caserne : pour les besoins du tournage, on joue quelques secondes de la sirène et du gyrophare. A l'arrivée, ambiance bizarre à la Bigue : les pompiers sont toujours aussi chaleureux, mais on les sent tendus. Pas de mistral pourtant, risques d'incendies faibles, pourtant on perçoit que tout le monde est en alerte. La consigne est donnée : si une sirène retentit on se précipite à l'intérieur du bâtiment pour ne pas gêner la manœuvre des camions, ni le départ de l'hélicoptère.  On se fait petits. Au fur et à mesure, l'atmosphère se détend, la tension ambiante disparait, et Carole, ma partenaire, est même autorisée à jouer les pilotes d'hélico. A la fin tout le monde blague, certains posent des questions sur le Tango. Carole est fortement impressionnée par le sentiment d'appartenance à un corps et l'impression de cohésion et de solidarité qui se dégage au contact des Marins Pompiers : une expérience humaine marquante.

FLASHBACK  :  70 ans plus tôt

Vous voyez le bonhomme en blanc qui tient la lance ? Mon père, Jean lESCARRET, en formation à Cherbourg, dans l'Aéronavale, juste avant la guerre de 40, et qui s'exerce à éteindre une vieille carcasse d'avion (un Curtiss ?).  Il fera ensuite toute sa carrière comme Officier de Marine Marchande.

Question de gènes, ou tradition familiale ?

Le lien vers Marseille Tango

 

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