Le Musée de la Réparation Navale  

Un endroit peu connu, mais remarquable

 

 

Pas évident ! J'ai le nom, j'ai l'adresse, je sais que c'est pas loin, mais je tourne en rond. Désespérément. Un musée de la Réparation Navale dans l'enceinte du Port autonome ? Les gardiens m'assurent que non. Je tourne, fais plusieurs aller et retour entre la Joliette et l'Estaque, et ... finis enfin par trouver. Pas de doute ce musée se mérite. Entrons.

 

Accueil sympathique de trois anciens des chantiers, et, premier coup d'œil sur une grande photo perchée au dessus du bureau et à moitié masquée par des pots de peinture. Cette silhouette, pas de doute je la connais. Des étraves comme cela il n'y en a pas beaucoup : regardez bien l'angle cassé. Un escabeau plus tard, le nom apparait : le "Chicago", construit aux chantiers de Port de Bouc. Je comprends pourquoi cette coque m'est familière : c'est le sister-ship du "Cleveland" le premier navire sur lequel j'embarquai en Juillet 1972, pour commencer ma carrière d'Officier de Marine.

 

Le "Cleveland" avait, comme sur cette photo, une étrave particulière, "cassée" et renforcée (rivetée de surcroît, si je me rappelle bien) : l'utilité ? Briser la glace, ces deux navires ayant été conçus pour naviguer dans les grands lacs ... de Cleveland à Chicago, 3300 km de remontée du Saint Laurent, avec un nombre incalculable d'écluses !

 

Pour ma part, les seuls périples effectués avec ce navire se résumèrent à l'Europe du Nord et à l'Amérique Centrale ...

 

Bref, petit moment d'émotion dés en arrivant.

 

 

 

Le "Chicago" en photo sur cale aux chantiers de Port de Bouc

 

 

Le "Cleveland" sur lequel j'ai effectué mon premier embarquement (Juillet 1972)

Deux châteaux : un déporté vers l'avant pour faciliter la vue de l'avant du navire pour le passage des écluses, et un second à l'arrière, au dessus de la machine, avec les cabines des mécaniciens.

 

 

Deuxième étonnement et autre souvenir, lié au même navire : une extraordinaire maquette, plus vraie que nature, et animée de surcroît, d'un moteur Doxford à piston opposés, le même moteur que sur le Cleveland. Imaginez, encore gamin, arriver dans une machine (modeste par rapport à ce que j'ai pu voir par la suite), mais où la hauteur entre le fond du carter et le haut des pistons dépassait les 12 mètres. Plus grand qu'un immeuble de quatre étages à Marseille !

 

De plus, le système des deux pistons opposés, fort ingénieux et à haut rendement, m'avait, à l'époque, fortement étonné.

 

 

Pour ceux que cela intéresse : le cycle de fonctionnement et la coupe de ces moteurs hors du commun :

Cliquez

 

 

Après la première visite de repérage, je raccompagne mon guide, Michel Hirt, chez lui dans son petit appartement à Endoume. Appartement de célibataire où le désordre de son bureau ressemble étrangement au mien (!). Un amoncellement de livres et de documents. Autour d'une bière il me raconte quelques bribes de son histoire. Quelques bribes var le personnage est peu commun. Francomtois d'origine, il arrive en 1967 comme curé à Endoume. Mais son destin est de partager la vie de ses concitoyens : il est et sera toujours prêtre ouvrier. Et par n'importe dans n'importe quelle activité : la pêche. Ainsi, se partageant entre sa paroisse et le bateau, il devient petit à petit, le "curé des pêcheurs". En fait il ne s'occupait pas des poissons, mais des moteurs ... et des hommes. Mais sa qualification l'a emmené à travailler pour les moteurs Beaudoin et son secteur géographique allait de Dijon aux pays du Magreb. Toulon fut une étape où il rencontra Alain Colas lors de la construction du "Club Méditérranée" à laquelle il participa.

 

Articles de journaux , lettres d'hommes politiques, témoignages, une apparition dans la BD de Laurent Elcé, de nombreux documents trainant dans le "bazar organisé" de son appartement témoignent d'une vie active et peu banale. Actuellement, il consacre deux après-midi par semaine au Musée de la Réparation Navale ("qui n'est pas un Musée mais une association" me précise t'il plusieurs fois), et diverses activités dont la fameuse fête de la Saint Pierre et son défilé de bateaux du quai du port jusqu'au large d'Endoume. Une tradition ressuscitée vers la fin des années 80. Bref une vie, un peu marginale certes, mais riche et bien remplie au service des autres.

 

Un sacré personnage et tout un pan ignoré de la vie de Marseille.

 

 

 

Bref, beaucoup de choses à admirer dans ce petit musée. Pour une fois, nous avons eu un peu de temps pour le tournage, et avons pu profiter un peu des lieux. Et puis l'accueil est tellement sympathique.

 

Un peu de regret toutefois : comment toute une partie de l'industrie de Marseille a-t'elle pu disparaitre ainsi ; comment toute une partie de l'histoire de Marseille peut-elle être quasi oubliée ainsi. On nous propose des musée qui n'intéresse personne et la mémoire de la ville est laissée à l'initiative de quelques passionnés ? Désolant !

 

Heureusement qu'il reste ainsi des hommes pour sauver l'essentiel.

 

 

Tenez cette machine dans vos mains, celle que vous voyez sur la photo à gauche,  pendant quelques secondes, et vous comprendrez que ces ouvriers n'étaient pas des mauviettes ! Avec, en plus un vrai savoir-faire.

 

Regardez Kari : une véritable experte, on s'y croirait ... mais à son air décontracté on comprend que l'engin est arrêté ! Fallait des bras !

 

Marc, notre cadreur improvisé, joue de l'appareil photo et du caméscope à tout va, mais on ne vous montrera pas tout ici : il faut aller voir sur place.

 

La plus belle pièce, en tout cas la plus imposante, est le moteur à vapeur. Il fonctionne en démonstration grâce à de l'air comprimé. C'est l'ancien moteur du ponton-grue "la Samsonne" Il n'y en aurait plus que deux comme celui-ci en Europe. Impressionnant.

 

On le voit en fonctionnement, dans le clip du site Marseilletango.fr

 

 

Bref un endroit chargé d'histoire, et pour moi, comme pour ceux qui nous on accueillis, des émotions particulières.

Encore un grand et bon moment ... grâce au tango.

Un seul souhait : que tout ces trésors ne disparaissent pas comme tant d'autres à Marseille, pour finir dans une décharge,

... ou un Musée ... à Paris

 

 

 

Tout finira autour d'un verre ...

 

 

et comme d'habitude dans un grand délire ! ... et une crêpe flambée à l'Estaque

 

 

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